La "Forest School" — école en forêt — suscite un intérêt croissant chez les familles comme chez les chercheurs en éducation. Que disent réellement les études sur ses effets pour les jeunes enfants, notamment sur leur motricité, leur confiance en eux et leur bien-être ? Voici un état des lieux honnête de ce que la recherche a observé, et de ce qu'elle n'a pas encore tranché.
Ce que l'on sait
Durant les deux dernières décennies, le nombre de travaux portant sur l'apprentissage en milieu naturel a sensiblement augmenté. Une revue systématique internationale (Mann et al., 2022) a recensé les publications entre 2000 et 2020 dans plusieurs bases de données académiques, en se concentrant sur des environnements strictement naturels — forêts, prairies, jardins — à l'exclusion des espaces bâtis. Les auteurs ont cherché à évaluer les bénéfices socio-émotionnels et académiques pour des enfants d'âge scolaire. Des effets prometteurs sur le développement personnel et social ont été identifiés, mais les auteurs soulignent eux-mêmes que « l'utilité de ces environnements en tant que cadre d'apprentissage curriculaire n'a pas encore été clairement établie » (Mann et al., 2022). Ce cadre de réflexion avait été posé un an plus tôt dans un protocole publié (Mann et al., 2021), qui signalait que « les bénéfices pédagogiques de l'apprentissage en plein air restent à pleinement expliciter ».
Une étude longitudinale menée au Royaume-Uni a suivi onze enfants âgés de 5 à 7 ans sur trois ans (McCree, Cutting & Sherwin, 2018). Ces enfants, définis comme défavorisés à plusieurs titres — socialement, économiquement et sur le plan comportemental — participaient chaque semaine à des séances de Forest School. À l'issue du suivi, leur assiduité scolaire et leurs résultats académiques s'étaient améliorés par rapport à leurs camarades non participants. Les chercheurs ont mis en évidence des liens entre le jeu social libre en extérieur et le développement de la résilience émotionnelle — c'est-à-dire la capacité à faire face aux difficultés et à s'adapter — ainsi que de l'autorégulation, soit la faculté à gérer ses émotions et ses comportements de façon adaptée (McCree et al., 2018). L'échantillon reste néanmoins très réduit, ce qui invite à la prudence sur toute généralisation.
Un aspect souvent mécompris de la Forest School concerne le jeu risqué (risky play) : grimper dans les arbres, manipuler des outils, évoluer sur un terrain accidenté. Une revue de littérature récente (Gray et al., 2025), s'appuyant sur des études publiées entre 2015 et 2025, a exploré les bénéfices de ces situations comportant une part de défi et d'incertitude. Les éléments d'aventure, de courage et d'exploration personnelle y sont décrits comme « fondamentaux à la croissance, au développement et au bien-être de l'enfant » (Gray et al., 2025). La revue adopte une approche dite « bénéfice-risque » : la sécurité est pensée comme « aussi sûre que nécessaire » plutôt que « aussi sûre que possible » — un glissement conceptuel qui déplace le curseur de l'interdiction vers la gestion accompagnée du risque (Gray et al., 2025).
L'engouement pour la pédagogie en plein air ne se limite pas à un contexte géographique précis. Une enquête internationale auprès d'experts de nombreux pays (Waite, 2020) montre que la demande pour les apprentissages scolaires en extérieur est en progression, même si les motivations et les formes de pratique varient sensiblement. Par ailleurs, une synthèse de travaux sur les interventions en milieu naturel souligne que l'engagement dans des environnements naturels est associé à des effets positifs sur la santé physique, mentale et sociale (Shanahan et al., 2019).
Ce que ça change concrètement
Ces travaux n'appellent pas à une transformation radicale du quotidien, mais ils éclairent certaines décisions. Une étude récente menée en milieu urbain auprès d'enfants de 4 à 7 ans (Seims et al., 2026) observe que le jeu en plein air bénéficie au bien-être mental, au développement social et cognitif, ainsi qu'au niveau d'activité physique des enfants — et que ces pratiques ont globalement reculé ces dernières années. Ce constat invite à traiter le temps dehors non comme un bonus, mais comme un ingrédient à part entière du développement.
Pour les familles, cela peut se traduire par des choses concrètes : accepter que l'enfant revienne les chaussures boueuses, proposer des promenades sans but précis, laisser l'initiative dans un parc plutôt que de diriger le jeu. Ces situations — grimper, tomber, recommencer, négocier avec d'autres enfants — sont précisément celles que la recherche associe au développement de la confiance et de l'autorégulation. Il ne s'agit pas d'exiger davantage des familles, mais de comprendre que ce qui ressemble à du désordre peut être, du point de vue du développement, particulièrement productif.
Ce que la science ne dit pas (encore)
Les études disponibles présentent des limites importantes qu'il serait malhonnête de taire. Beaucoup reposent sur des échantillons réduits et des méthodes hétérogènes, ce qui complique les comparaisons et les généralisations (Mann et al., 2022). Par ailleurs, la plupart des travaux établissent des corrélations — une amélioration du bien-être coïncide avec la participation à des programmes en plein air — sans pouvoir démontrer un lien de causalité direct : d'autres facteurs, comme la qualité des relations avec les encadrants ou l'implication des familles, jouent probablement un rôle décisif.
Les effets spécifiquement documentés sur la motricité fine — précision du geste, coordination main-œil — restent peu renseignés dans la littérature existante. Les bénéfices les mieux étayés concernent davantage l'estime de soi, la régulation émotionnelle et le bien-être général. Enfin, la majorité des études provient de contextes anglo-saxons ou nordiques ; leur transposabilité au contexte français, avec ses contraintes propres de terrain et de formation des encadrants, mérite prudence (Waite, 2020).
À retenir
- Des travaux suggèrent que des programmes réguliers en milieu naturel favorisent la résilience émotionnelle et l'autorégulation chez les jeunes enfants, notamment chez ceux en situation de vulnérabilité (McCree et al., 2018).
- Le jeu en plein air comportant une part de risque maîtrisé est considéré dans la littérature comme un vecteur de développement, non comme un danger à éliminer (Gray et al., 2025).
- Les bénéfices les mieux documentés portent sur le bien-être et le développement socio-émotionnel ; les effets sur la motricité fine et les apprentissages académiques restent moins clairement établis (Mann et al., 2022).
- La plupart des études établissent des corrélations, non des causalités : d'autres facteurs (qualité de l'encadrement, durée du programme, engagement familial) accompagnent toujours ces résultats.
- L'intérêt pour l'apprentissage en nature est mondial et croissant, mais les pratiques et les données restent hétérogènes d'un pays à l'autre (Waite, 2020).
Références
- Mann J., Gray T., Truong S. et al. (2022). Getting Out of the Classroom and Into Nature: A Systematic Review of Nature-Specific Outdoor Learning on School Children's Learning and Development. Frontiers in Public Health.
- McCree M., Cutting R., Sherwin D. (2018). The Hare and the Tortoise go to Forest School: taking the scenic route to academic attainment via emotional wellbeing outdoors. Early Child Development and Care.
- Gray T., Down M.J.A., Mann J. et al. (2025). Risky Outdoor Play and Adventure Education in Nature for Child and Adolescent Wellbeing: A Scoping Review.
- Waite S. (2020). Where Are We Going? International Views on Purposes, Practices and Barriers in School-Based Outdoor Learning. Education Sciences.
- Seims A.L., Ranken E., Hauari H. et al. (2026). Prospective acceptability, feasibility and outcomes of a primary school-led outdoor play intervention for young children.
- Mann J., Gray T., Truong S. et al. (2021). A Systematic Review Protocol to Identify the Key Benefits and Efficacy of Nature-Based Learning in Outdoor Educational Settings. International Journal of Environmental Research and Public Health.
- Shanahan D.F., Astell‐Burt T., Barber E. et al. (2019). Nature-Based Interventions for Improving Health and Wellbeing: The Purpose, the People and the Outcomes. Sports.
Tags : nature, jeu-libre, motricite, emotions, autonomie, plein-air